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| Mai 2012 | ||||||||||
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Les buffets, moi, j’aime pas ça. Pourtant, la nourriture y est toujours délicieuse. Quand on a le temps d’en goûter une miette.
Je dis ça parce que, justement, je suis allé à un buffet, la semaine dernière. Et c’était l’horreur.
Un repas de mariage, tout ce qu’il y a de plus normal. D’abord, le vin d’honneur. Les petits vieux étaient là, comme toujours en ce genre d’occasions, à faire le compte rendu des potins familiaux, en n’oubliant de lancer un regard oblique aux amuses gueules placés sur les tables, comme s'ils les indisposaient. Les vieux hypocrites.
Au bout d’une demi heure, personne n’a encore touché, alors je me lance, d’autant plus que les toasts au caviar me faisaient de l’œil depuis que je suis entré dans la salle. Et ce premier pas me fut (presque fatal). A peine avais-je avancé le pied que les vieux, tout comme les jeunes qui visiblement attendaient eux aussi ce moment pour avancer, me piétinent tous de bon cœur afin de mieux bâfrer sans vergogne les petits canapés amoureusement préparés par un traiteur de luxe. Le temps de me relever, toutes la bande de sauvages massacreurs de foie gras sont déjà de retour à leurs places, et reluquent mon joli costume blanc, imprimé de leurs semelles de chaussures un peu partout, le sourcil froncé, d’un air de dire : » mais qui a invité ce clochard, qui vient avec sa tenue d’éboueur en fin de tournée… »
Toujours est-il, que, le cœur plein d’espoir, je me tourne vers les tables à la recherche d’un dernier débris de toast, quelque chose à goûter, même un atome de grain de semoule… là ! Ils ont laissé un canapé au caviar ENTIER ! C’est pas vrai, j’ai trop de chance, je… c’est alors que le grand père maternel du marié, se rendant compte de l’énorme erreur qu’il a fait, m’envoie son déambulateur dans les jambes pour engloutir mon objectif avec une satisfaction visible. Après s’être largement pourléché ses vielles babines flasques, cet espèce d’otrogoth me regarde d’un air complice, puis me lance, d’un air complice : « Les vieux d’abord, gamin ! », puis repars vers ses compagnons de commérages en riant de sa bonne blague. Je me suis promis de lui mettre un peu de mort aux rats dans sa flûte de champagne, au dessert.
Enfin le repas proprement dit, livré par des serveurs richement habillés, qui ne manquent pas d’ailleurs de me lancer le même regard hautain que chers compagnons (ha !) de boustifaille (re-ha !, suivi d’un gargouillis d’estomac). Je tente, toujours par un truchement pléthorique de tours d’œil, de leur faire comprendre que mon magnifique habit a été saccagé par ces ingrats qui ne respectent pas le travail bien fait d’artisans aussi dignes de louanges qu’eux, mais rien n’y fait, les sourcils restent froncés, et les narines retroussées.
Cette fois ci, je ne fais pas avoir : je prends ma part directement dans les mains du serveur (qui s’éloigne en hurlant, dieu sait pourquoi), et pars m’installer un peu çà l’écart, histoire de déguster tranquillement ma part de cochon de lait rôti, accompagné de son fagot de haricots verts.
Déguster. Quel mauvais jeu de mots que voilà.
Pour déguster, ça, j’ai dégusté.
Les petits vieux, horripilés par mon audacieuse prise d’initiative, me rackettent honteusement en bande organisé. Pendant que l’un me plante sa fourchette dans la main pour m’empêcher de couper une nouvelle tranche de viande, un autre m’arrache l’assiette des mains et s’enfuis avec .
Les autres me tabassent à coups de cannes, celui qui m’a mordu m’a laissé son dentier sur le poignet. J’ai même pris un coup de tête. Une vois chevrotante me menace « Recommences pas, petit, je travaille dans le béton. Tu veux quand même pas aller dire bonjour aux poissons ? »
Là c’en est trop. Je veux bien me faire piquer la bouffe que je n’ai pas payée mais me faire tabasser par des petits vieux. Dans un hurlement sauvage, je me relève attrape le premier vieillard par les cheveux… qui me restent entre les doigts. Une perruque. Se sentant découvert, il se retourne, m’assène un coup d’accoudoir de fauteuil roulant bien ajusté entre les cuisses, pendant que les autres arrivent en renforts pour m’achevé. J’ai à peine eu le temps de voir le voltgun que l’un d’entre eux a sorti, que j’étais déjà dans les pommes.
Je me viens juste de me réveiller. J’ai les bras attachés au dessus de ma tête. Mes pieds sont pris dans le béton et… Mon dieu, mais je suis suspendu au dessus de l’eau ! Une voix derrière moi me lance : « Je t’avais prévenu, gamin, fallait pas nous chercher ! »
Maintenant, vous comprenez pourquoi je n’aime pas les buffets. Surtout quand ils sont organisés par la petite dernière de la famille Giovanni, de Sicile.